Vivendi après les scissions et l'achat d'initié du 22 juillet


Vivendi n'est plus l'ancien ensemble d'actifs médias français qui voulait tout faire à la fois. Après les scissions de Canal+, Havas et Louis Hachette Group en décembre 2024, la société conserve un portefeuille réduit incluant une participation dans Universal Music Group et d'autres actifs. Cela modifie la façon dont le titre se négocie. On ne regarde plus un groupe média opérationnel étendu avec une ligne de résultats claire, mais une structure de holding, un mix d'actifs résiduels et un marché qui revalorise sans cesse ce qui reste.
Le contexte sectoriel n'est pas hostile, mais sélectif. PwC prévoit une croissance de 4,6 % de l'industrie mondiale du divertissement et des médias en 2026, après 5,3 % en 2025, portée par l'innovation digitale et la publicité liée au streaming. Le marché européen des médias digitaux devrait atteindre 359,38 milliards de dollars en 2026 contre 319,23 milliards en 2025, selon Market Data Forecast. C'est une voie de croissance correcte, mais aussi très concurrentielle, et le marché récompense généralement les acteurs capables de convertir audience, inventaire publicitaire ou abonnements en liquidités avec moins de turbulences que Vivendi historiquement.
La déclaration du 22 juillet ne s'est pas faite dans le vide. Le 8 juillet 2026, Reuters rapportait que la Cour d'appel de Paris avait jugé que Vincent Bolloré et Bolloré SE n'exercent pas de contrôle de fait sur Vivendi. Ce jugement est important car la question du contrôle plane sur le groupe depuis des années et influence la perception du marché sur la gouvernance, les options d'actifs et toute future opération. Lorsqu'un titre traîne depuis longtemps une incertitude sur le contrôle, chaque transaction d'initié est analysée à l'aune du contexte juridique, que le déclarant le veuille ou non.
Le titre Vivendi a clôturé à 1,89 € le 22 juillet, selon les données de marché citées, dans une fourchette de 52 semaines comprise entre 1,65 € et 3,58 €. Cela place la déclaration dans une zone basse à moyenne de la fourchette, loin d'une envolée euphorique. Le cours reste également en dessous des objectifs d'analystes cités, allant de 2,40 € à 3,20 € début juillet. Ces objectifs ne garantissent rien, mais indiquent que le marché n'est pas la seule partie prenante à voir une valeur supérieure au cours actuel.
Vincent Bolloré a acheté des actions de VIVENDI SE le 22 juillet 2026 pour environ 233 211 €, montant normalisé en euros. La déclaration l'identifie comme conseiller du président du directoire, et l'opération est marquée comme un achat. Seul, ce montant n'est pas énorme pour un homme lié de longue date au groupe, mais c'est une somme réelle, intervenue après une série d'autres achats d'initiés sur le même titre.
Les données InsiderTrades révèlent un groupe de six initiés acheteurs sur le dernier trimestre, avec 9 déclarations récentes et 6 initiés distincts achetant dans la même direction. C'est le contexte qui compte. Un achat isolé peut être du bruit, un geste ou une allocation de routine. Un groupe a plus de poids car il montre que la déclaration n'est pas un cas isolé. Les déclarations récentes incluent Vincent Bolloré le 22 juillet, François Laroze le 20 juillet, Céline Merle-Béral le 20 juillet, Arnaud de Puyfontaine le 20 juillet, et Frédéric Crepin le 20 juillet, tous des achats, avec une vente de Vincent Bolloré au conseil le 6 juillet. Le timing est varié, mais la direction est cohérente dans la période récente qui importe ici.
Notre notation donne 7,4, pour des raisons simples. Le rôle, le groupe et la taille concordent. La déclaration n'est pas un grand manifeste, mais une action significative d'initié dans un titre où la gouvernance et la valeur des actifs sont déjà scrutées.
Vivendi ne se comporte pas comme un simple diffuseur ou une agence publicitaire pure. Il agit comme une holding résiduelle exposée aux médias, ce qui signifie que le titre peut réagir à trois éléments simultanément. D'abord, la valeur de marché des actifs détenus. Ensuite, le cadre légal et de gouvernance autour de l'influence Bolloré. Enfin, l'appétit global pour les actifs médias et divertissement européens, surtout quand le secteur est tiré par la publicité digitale et l'économie du streaming plutôt que par les médias linéaires traditionnels.
C'est pourquoi le groupe de comparaison est important. Publicis Groupe appartient à la même grande sphère médias et publicité, mais c'est un animal différent opérationnellement. Publicis est une entreprise opérationnelle plus claire avec un moteur de revenus plus net. Vivendi est désormais plus une histoire d'allocation de capital et de valeur d'actifs. Le marché peut appliquer une prime au premier et une décote au second, même s'ils sont sous le même parapluie média. On le voit dans les objectifs d'analystes supérieurs au cours récent alors que le titre se négocie sur un faible multiple cours/valeur comptable selon les données citées.
Le profil fondamental de l'entreprise, selon InsiderTrades, n'est pas parfait. Le score fondamental est de 32, avec un score valeur de 30 et un score qualité de 35. Ce n'est pas une catastrophe, mais ce n'est pas non plus un profil qui permet d'ignorer l'équilibre entre valeur d'actifs et exécution. Dans un tel titre, les achats d'initiés comptent davantage quand les fondamentaux sont simplement adéquats plutôt qu'évidemment solides, car le marché s'interroge déjà sur une éventuelle sous-évaluation de la somme des parties.

Les données cohorte d'InsiderTrades pour les achats de PDG en sociétés moyennes montrent un taux de réussite de 51,2 % à T+90, avec un rendement moyen de 4,23 % et un rendement moyen à 365 jours de 55,55 %, sur un échantillon de 1 552. C'est utile car cela montre le comportement de ce type d'achat dans le temps. Ce n'est pas utile si on veut en faire une promesse pour ce titre. Vivendi n'est pas une mid-cap générique. C'est une holding média française avec un passé de contrôle, un jugement récent et une structure actionnariale débattue publiquement depuis des années.
La bonne utilisation de ces données est plus limitée. Elles montrent que les achats de PDG de cette taille n'ont pas été inutiles historiquement. Elles montrent aussi que le marché a parfois récompensé ces achats dans les 90 jours. Mais la distribution compte autant que la moyenne. Un taux de réussite de 51,2 % est à peine supérieur à pile ou face. Cela vous garde honnête. Le point n'est pas que la cohorte prédit le titre, mais que la déclaration appartient à une catégorie qui n'est pas inutile, ce qui donne un peu plus de poids au groupe qu'un achat isolé.
Le timing donne un avantage à cette opération. L'achat du 22 juillet est intervenu deux semaines après le jugement de la Cour d'appel de Paris rapporté par Reuters. Ce jugement a levé une incertitude sur le contrôle de fait, mais n'a pas tranché la question plus large de la valorisation des actifs restants de Vivendi. Il a au contraire recentré l'attention sur ce que vaut désormais l'entreprise sur une base de somme des parties et sur l'optionnalité encore présente dans la structure.
C'est là que le groupe d'initiés devient plus intéressant qu'un chèque isolé. Si la direction et les initiés apparentés achètent après un jugement modifiant le récit du contrôle, ils achètent dans un cadre plus clair qu'au début du mois. Ils achètent aussi alors que le titre est sous les objectifs d'analystes cités et sous la moitié haute de sa fourchette de 52 semaines. Rien de tout cela ne garantit une hausse, mais cela montre que les initiés n'attendent pas que le marché leur offre une meilleure entrée.
Le contexte de marché est assez mixte pour que l'opération ne soit pas un simple appel de momentum. Le CAC 40 se négociait entre 8 300 et 8 400 points à la mi-juillet 2026, avec un gain annuel modeste d'environ 5,73 % et une attention constante sur les signaux de politique monétaire de la BCE. Vivendi n'a pas suivi cet indice proprement. Il a son propre climat juridique et d'opérations corporatives. C'est pourquoi le titre peut sous-performer alors que le marché français dans son ensemble tient bon. L'histoire spécifique à l'entreprise domine celle de l'indice.
Les objectifs d'analystes cités dans la recherche, 2,40 € chez JPMorgan, 3,20 € chez Barclays, 2,50 € chez Deutsche Bank et 2,40 € chez Kepler Cheuvreux, sont tous au-dessus de la clôture à 1,89 € du 22 juillet. Cet écart ne signifie pas que le titre est bon marché au sens simple. Le PER historique proche de 94x et le ratio cours/valeur comptable de 0,40x indiquent que le marché ne le valorise pas comme une entreprise média opérationnelle normale. Il valorise les actifs, la structure et l'incertitude qui les entoure.
C'est aussi pourquoi l'achat d'initié ne doit pas être lu comme un signal opérationnel clair. Vivendi n'a pas besoin d'un trimestre exceptionnel pour bouger. Il faut que le marché croie que la base d'actifs résiduels vaut plus que le cours actuel, et que le surplomb de gouvernance diminue plutôt que de réapparaître sous une autre forme. L'achat de Bolloré correspond à ce cadre car il est lié aux questions de propriété et de contrôle, non à un dépassement trimestriel de chiffre d'affaires. Si vous cherchez un signal opérationnel pur, ce n'est pas ce titre.
Le titre stratégique interne existe, mais reste en arrière-plan. Les placeholders en direct sont 0,81, 26,4 et 51,5, et s'appliquent uniquement à l'univers restreint UE utilisé par le cadre. Ils ne survivent pas à une déflation liée à la recherche, et la fenêtre est courte et mono-régime, donc ce sont des filtres, pas des promesses. Cela suffit à garder le cadre honnête, mais pas à remplacer l'histoire devant vous.
Le prochain point de données utile sera de savoir si le groupe d'acheteurs s'étend ou s'estompe. Un groupe de six initiés sur un trimestre est déjà significatif, mais le marché s'intéressera davantage si les prochaines déclarations maintiennent la même direction. Si le flux s'arrête, la lecture s'affaiblit. S'il continue, le marché devra décider si les initiés réagissent au jugement, au mix d'actifs ou à un écart de valorisation qu'ils jugent encore trop large.
Vous devrez aussi observer si le titre commence à se comporter davantage comme un actif résiduel que comme une histoire de gouvernance contestée. Cela se verrait dans sa performance relative au CAC 40 et aux objectifs d'analystes déjà en place. L'entreprise a déjà été remodelée par les scissions de décembre 2024. Le jugement du 8 juillet a modifié le cadre légal. L'achat du 22 juillet ajoute une nouvelle couche d'initiés. Ensemble, ce sont les ingrédients qui peuvent faire bouger un titre comme Vivendi plus qu'un simple appel sectoriel générique.
La conclusion la plus claire n'est pas que la déclaration prouve quoi que ce soit. C'est qu'elle s'inscrit dans un schéma, et que ce schéma concerne une entreprise encore en cours de revalorisation après un reset structurel majeur. C'est cette histoire qu'il faut suivre pour la prochaine déclaration, pas la dernière.
Ceci ne constitue pas un conseil en investissement.
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