Bloc 1, 30 points pour le contexte
Donner 30 points au contexte peut paraître généreux. Après tout, le coeur du sujet est la transaction elle-même. Pourtant, dans les données d’initiés, le contexte est souvent ce qui sépare un acte informatif d’un simple bruit de calendrier.
Le contexte regroupe typiquement des éléments comme la proximité d’une publication, le régime de blackout, la tendance récente du titre, la profondeur de la baisse antérieure, la valorisation relative, la volatilité, la liquidité, ou encore la concentration sectorielle des signaux. Un achat après une longue sous-performance n’a pas la même signification qu’un achat au sommet d’une euphorie. De même, plusieurs achats dans un secteur massacré ne se lisent pas comme un achat isolé dans un titre déjà suracheté.
Pourquoi 30, et pas 15. Parce que le contexte corrige des erreurs coûteuses. Dans la littérature académique et empirique sur les initiés, les achats ont tendance à être plus informatifs que les ventes, et leur pouvoir prédictif varie selon la taille, le rôle de l’initié, la simultanéité des achats et les conditions de marché. Le contexte agit comme un multiplicateur ou un filtre. Il ne crée pas le signal, mais il détermine souvent sa crédibilité économique.
Un score qui sous-pondère ce bloc finit souvent par surclasser des transactions spectaculaires mais mal situées, par exemple des achats faibles en pourcentage du patrimoine implicite, réalisés dans des valeurs illiquides après des mouvements techniques extrêmes. Sur le papier, cela fait de belles histoires. En portefeuille, cela donne parfois des résultats moins romantiques.
Bloc 2, 35 points pour le coeur du signal
Le poids le plus élevé doit revenir au bloc qui mesure la substance transactionnelle elle-même. C’est le 35. Si ce bloc n’est pas dominant, le score s’éloigne de son objet.
Ce coeur du signal comprend généralement la direction de la transaction, achat ou vente, sa taille absolue et relative, le pourcentage du flottant concerné lorsque pertinent, la part de l’opération dans les avoirs préexistants de l’initié, la nature de l’exécution, marché ouvert contre attribution ou exercice, et la récurrence éventuelle. Dans certains cadres, on y ajoute la grappe d’initiés, c’est-à-dire le fait que plusieurs dirigeants ou administrateurs achètent ensemble dans une fenêtre courte.
Pourquoi 35. Parce que c’est le bloc le plus proche de l’hypothèse économique centrale, les initiés disposent d’une information ou d’une appréciation supérieure de la valeur de leur entreprise, et leurs achats volontaires sur le marché ouvert sont plus révélateurs que beaucoup d’autres gestes. Si l’on réduit trop ce poids, on se retrouve à construire un score de contexte avec un vernis d’insider trading. C’est un autre produit.
Pourquoi pas 50. Parce que le signal brut est facilement trompé. Les ventes, en particulier, sont notoirement ambiguës. Même les achats peuvent être petits, symboliques, ou motivés par des raisons de gouvernance. Le 35 reconnaît la primauté économique du geste sans lui accorder un monopole. C’est une différence importante. Les monopoles sont rarement bons, sauf peut-être pour les fournisseurs de données.
Bloc 3, 25 points pour la qualité et la confirmation
Le troisième bloc, à 25 points, joue un rôle de validation. Il mesure la qualité du signal au sens opérationnel, cohérence de la transaction avec l’historique de l’initié, absence de caractère mécanique, confirmation par d’autres indicateurs internes, persistance sur plusieurs jours, ou alignement avec des motifs historiquement plus performants.
Ce bloc est souvent sous-estimé par les équipes qui veulent aller vite. Elles prennent la taille et la direction, ajoutent un peu de contexte, et pensent avoir terminé. Or la qualité d’exécution d’un signal est souvent ce qui fait la différence entre un événement intéressant et un événement exploitable.
Prenons un exemple simple. Deux directeurs achètent chacun pour un montant similaire. Le premier a un historique d’achats opportunistes bien synchronisés, le second n’a jamais acheté auparavant et l’opération représente une somme négligeable pour lui. Le signal brut peut se ressembler. La qualité, non.
Le 25 reflète cette idée, le bloc n’est pas le moteur principal, mais il améliore sensiblement le taux de vrais positifs. Dans une étude d’ablation, on s’attend souvent à ce que sa suppression ne fasse pas s’effondrer tout le système, mais dégrade le hit rate, la stabilité inter-déciles et la robustesse hors échantillon. Autrement dit, moins de panache, plus de discipline.
Bloc 4, 10 points pour les pénalités et garde-fous
Le dernier bloc paraît petit. Il ne l’est pas. Les 10 points de pénalités servent à retirer de la crédibilité quand certains drapeaux rouges apparaissent, transaction automatique, exercice d’options suivi d’une vente, cession liée à l’impôt, micro-cap extrêmement illiquide, anomalie de déclaration, rôle périphérique de l’initié, ou structure de détention qui rend l’interprétation trompeuse.
Pourquoi seulement 10. Parce qu’un système de pénalités trop lourd devient vite un tribunal administratif. Il sanctionne tout, comprend peu, et finit par écraser des signaux valides. Les garde-fous doivent empêcher les faux positifs les plus évidents, pas réécrire le score principal.
Pourquoi ne pas les ignorer. Parce qu’en pratique, ce bloc protège contre les erreurs les plus embarrassantes. Sans lui, un modèle peut afficher de très belles statistiques in-sample en capturant des artefacts de déclaration ou des particularités microstructurelles. Le genre de victoire qui dure jusqu’au premier comité de risque.